Le tremblement de terre

Le tremblement de terre

Dimanche 7 octobre

Je viens de téléphoner à Cledner pour avoir des nouvelles : un tremblement de terre de magnitude 5.9 a eu lieu cette nuit dans le Nord-Ouest d’Haïti. Ils ont eu très peur. Ça s’est passé à 20 h samedi soir (il était 2 h du matin chez nous). L’épicentre est au nord-ouest de Port-de-Paix, à 43 km de Saint Louis du Nord et à 53 km de l’Anse à Foleur. D’après Internet, il y a eu 11 morts et une centaine de blessés plutôt légers, mais vu l’état des routes, certains secteurs sont inaccessibles, le nombre des victimes risque d’augmenter.f239226a7a4f175b2452b1f31ff47f77-haiti-au-moins-11-morts-apres-un-seisme-de-magnitude-5-9 (1)

Pour Saint Louis du Nord, tous les gens se sont retrouvés dans la rue, sur la place de l’église pour éviter les chutes de maisons. Celle de Cledner a bien tenu et la famille à Duty ou au Cap Haïtien n’a pas eu de dégâts. Certaines constructions mal construites et fragilisées se sont fissurées ou effondrées. Il y a eu déjà des répliques, une peu de temps après la secousse et une autre à 2 h du matin.

L’épicentre étant en mer où une faille est définie comme sensible depuis longtemps, on a craint un tsunami, mais l’alerte a été retirée. Quand on connaît la côte et les constructions anarchique dans le secteur, on pense que la mer a provoqué des dégâts.

Sa voix était fatiguée, mais il garde le moral comme d’habitude. Il nous a dit tout de même qu’ils luttent à cause des problèmes climatiques qui provoquent de mauvaises récoltes pour se retrouver dans un problème plus grave encore.

Pour suivre l’information, un site intéressant : http://www.alterpresse.org/Séismes historiques

Pour en savoir plus, le site du « Bureau des Mines et de l’Energie » qui prévient les responsables depuis longtemps des risques sismiques en Haïti. Vous pourrez le constater avec ce document produit en 2002 !

http://www.bme.gouv.ht/alea%20sismique/Alea_sismique%20HAITI.pdf

A suivre …

Dimanche soir.

Ce soir, à 16 h là-bas, il y a eu une réplique de 5.2. Il y a eu encore pas mal de dégâts, parce que certains bâtiments qui avaient été lézardés suite à la première secousse ont pu tomber à la deuxième. Cledner nous a parlé de bâtiments de Saint Louis que nous connaissons bien qui sont bien dégradés. Les gens ont peur. Les voisins par exemple ont rempli leur voiture pour aller dormir loin de leur maison à étage et du risque de tsunami. Une maison qui venait d’être construite a été détruite, signe que les normes antisismiques ne sont pas respectées. Heureusement, les propriétaires n’y étaient pas encore installés.

J’ai appelé Kerline à Mahotière, mais elle a minimisé les dégâts. « Quelques maisons ont été écrasées ». Cledner m’a dit que des roches ont été déplacées.  L’essentiel, c’est que tout le monde soit sain et sauf mais très atteint par la peur des répliques et le manque de sommeil. Un proverbe haïtien dit : « pi ta, pi tris », plus tard sera plus triste. Aujourd’hui, c’est le cas, mais on s’apprête à lutter pour vivre.

Plus près de l’épicentre, il y a beaucoup de blessés et les hôpitaux n’ayant pas de moyens peine à assister la population. Ici un article de Ouest-France qui reprend les informations de l’AFP.

____________________________________________________________________________________

Lundi 15 octobre 2018 

Le téléphone a toujours un fonctionnement aléatoire : le réseau va et vient… J’ai pu joindre Cledner à son retour de l’école. Il habite Saint Louis du Nord et il y monte régulièrement.  Il a pu me faire un bilan de la situation dans la section rurale de Bas de Sainte Anne. D’après les ASEC (Assemblée des Sections Communales) et CASEC (Conseils d’Administrations des Collectivités territoriales), il y aurait 40 maisons endommagées. Sans doute plus d’après Cledner. Pour ce qui est de l’école, elle avait été réhabilitée avant la rentrée : du ciment pour boucher les trous de la dalle, des poteaux à changer, et elle a bien résisté.

Dans l’habitation de la famille qui nous accueille, il y a 3 maisons : celle qui est construite en bois et en tôle a bien résisté, et les deux autres ont été endommagées. Il y a aussi des rochers qui ont dû bouger. Quant à la petite construction toilettes et douche, elle est à terre. Mais personne ne se plaint. Nous n’avons pas de photos pour connaître les dégâts exacts sur la maison que nous habitons au cours de nos voyages. Les difficultés vont encore augmenter : les familles devront trouver le moyens de réparer ou reconstruire leur maison.

Et aucune n’aide ne viendra de l’Etat. D’ailleurs, personne n’en attend… Devant l’ONU, le Président, Jovenel Moïse, a précisé que le séisme de 2010 qui avait détruit la capitale Port-au-Prince avait servi de leçon : des mesures ont été prises pour que les conséquences soient atténuées. Mais à Port-de-Paix, ville la plus touchée, aucun lieu prévu pour abriter les sinistrés… l’hôpital n’était pas en mesure de recevoir les blessés… et l’aide arrive sous forme de « kit de survie » ou d’eau potable. Pour Cledner, il faudrait plutôt aider les gens financièrement pour qu’ils puissent s’organiser. Leur permettre de cuisiner plutôt que de recevoir du « manje sinistre » comme ils appellent l’aide alimentaire. D’autant que le séisme ne détruit pas les récoltes.

Je vous conseille de lire un texte d’un écrivain haïtien, Jean-Euphèle Mircé, originaire de la région lui aussi « Pour l’amour du Nord-Ouest ».  Il exprime mieux que je ne pourrais le faire l’inefficacité de l’aide humanitaire. Dans cette région, les exemples de dépenses inutiles ne manquent pas. Celle qui m’a le plus troublée, c’est la réalisation d’un marché couvert à Saint Louis du Nord : il a été construit pour remplacer un marché installé dans le lit d’une rivière, une bonne idée… Malheureusement, l’endroit a été choisi sans prévoir l’accès des marchands et des marchandises : il est un peu à l’écart et reste à l’abandon…