L’actualité du pays

Kidnappings…  encore et toujours.

142 cas de kidnappings enregistrés, de janvier à mars 2021, en Haïti

Vous n’en aviez pas entendu parler en France, même si je vous en avais parlé à Noël (cf. plus bas). Mais depuis dimanche 11 avril dernier, l’information est largement diffusée car il y avait 2 Français parmi les personnes enlevées : des religieux qui se rendaient à la cérémonie d’installation d’un nouveau curé. J’avais eu l’occasion de croiser l’un d’eux, le Père Michel Briand à Port au Prince, dans la maison de sa congrégation, les Pères de Saint Jacques, qui accueille les étrangers de passage. Sur leur site, on peut voir une déclaration de la Conférence Episcopale Haïtienne.

La religieuse Française, Sr Agnès Bordeau Sœur de la Providence de la Pommeraye (près de Cholet dans le Maine-et-Loire) est née en Mayenne. Sa mission l’avait amenée au Honduras et au Guatemala où elle avait déjà été attaquée, elle et une autre religieuse, par des cambrioleurs qui les avaient menacées de leur arme et laissées attachées dans leur maison. Haïti n’est hélas pas le seul pays d’Amérique Latine à subir les gangs et leur violence.

Le Père Michel Briand est un créolophone qui connait bien la société haïtienne. Il pourra discuter avec les kidnappeurs. Mais ces derniers n’ont qu’un objectif : faire fructifier leur affaire. Et leurs acolytes sont souvent très jeunes, violents et intolérants. Lors de tentative de kidnapping, ceux qui ont voulu y échapper ont la plupart du temps été tués par balles. Et les armes circulent librement en Haïti. Le président Jovenel Moïse a déclaré à l’ONU qu’il avait démantelé 64 gangs, dont les « 400 Mawozo » qui ont réalisé ce kidnapping.

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12 mars 2021

Le président Jovenel Moïse s’accroche au pouvoir et la situation ne s’arrange pas : les kidnappings se multiplient en toute impunité, les manifestations sont réprimées dans la violence, les gangs dirigent le pays en toute impunité en kidnappant et rançonnant, même des médecins, des personnels médicaux, des riches, des pauvres… Ceux qui résistent sont froidement abattus.

Le 9 mars, un gang qui s’appelle « 5 secondes » est allé attaquer le bureau principal de l’Electricité d’Haïti en représailles parce que le responsable d’Ed’H n’a pas répondu favorablement à sa demande d’avoir de l’électricité au « Village de Dieu » pour fêter son 3ème anniversaire… Dans cette attaque, il y a tout de même eu 2 morts et plusieurs blessés.

La Conférence Haïtienne des Religieux  a publié une lettre ouverte à Jovenel Moïse pour dénoncer cet état de fait. Vous pourrez la télécharger ICI.

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La situation vue de St Louis du Nord

Dimanche 10 janvier 2021, au téléphone Cledner me résume la situation. Les Haïtiens attendent deux choses : la nouvelle administration des Etats-Unis et les conséquences pour eux. Surtout, comment va se passer le 7 février 2021. C’est la date à laquelle le Président Jovenel Moïse devrait laisser la présidence à son successeur. Depuis le départ de Duvalier et la mise en place de la nouvelle constitution en 1987, le président haïtien est élu pour 5 ans et ne peut faire qu’un mandat. Comme le coup d’état contre Duvalier avait eu lieu le 7 février 1986, la date du 7 février a été retenue pour l’investiture de tout nouveau président.

Mais les élections n’ont pas été organisées en septembre 2020 comme prévu. Le président gouverne par décrets depuis un an et a décidé d’organiser un référendum pour une nouvelle constitution avant les élections. Avec ou sans cette nouvelle constitution, le président n’a plus aucune légitimité après le 7 février 2021. Que se passera-t-il alors ?

En conclusion de la communication, échanges sur la démocratie : elle n’existe vraiment dans aucun pays. Aucun pays ne peut être un modèle. Quand il discute avec des jeunes, Cledner leur dit que la démocratie, ce n’est pas la liberté de faire ce qu’on veut. En tout, le bien et le mal se confondent. « tout byen se mal, tout mal se byen ». En Haïti, le mal dépasse souvent le bien.

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Et Noël ?

Eh bien, on ne connaît pas la trêve en Haïti : les prix continuent de monter, les kidnapping se multiplient, même le 25 décembre. Tous les otages ne sont pas libérés. Beaucoup sont tués en toute impunité. La progression des gangs dans toutes les régions du pays est inquiétante. On dit que certains Haïtiens à l’étranger n’osent plus décrocher leur téléphone de peur d’apprendre une mauvaise nouvelle. Sur place, les gens ont peur. Tout le monde peut être victime. Le bilan fait par le Comité Justice et Paix de Port au Prince est très noir.

Sur un site haïtien, Juno7, j’ai trouvé le témoignage d’une femme victime d’un kidnapping en mars dernier : elle vit seule, son mari est mort en février 2019 dans une manifestation contre la pauvreté et la faim. Elle survit avec 3 enfants avec un petit commerce et n’a pas de moyens. On l’a tout de même kidnappée, violée… Avec le pillage de son commerce, l’aide des voisins, elle a trouvé 100.000 gourdes (1.155 €) sur les 200.000 demandées. Une fois libérée, sa vie ressemble à l’enfer comme elle le dit. Si vous voulez le lire en créole, c’est ICI.  Mais j’ai aussi traduit en français ICI. FB_IMG_1608919152615 Pè Noèl kidnape

Mais comme toujours en Haïti, on garde le sens de l’humour : un jeune dessinateur haïtien, Patrick Edouarzin  a expliqué pourquoi le Père Noël ne va pas passer : il a été kidnappé ! 

Au téléphone : « Le Père Noël ne va pas venir cette année, il est entre nos mains… »

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Comment va le pays ?

Cette fois, c’est la justice qui inquiète : les dossiers importants disparaissent… Les assassins n’ont donc pas de souci à se faire : l’impunité est garantie. Un article du Nouvelliste nous apprend que le bâtonnier de l’ordre des avocats de Paris a réagi.

La monnaie nationale, la Gourde, a été surévaluée par le Président Jovenel Moïse qui se prépare à mettre en place une nouvelle constitution, refusée par l’opposition.

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La situation au 30 août 2020

Quel pays ! La violence ne faiblit pas puisque les assassinats continuent, les belles déclarations n’apportent rien, les accidents de la route se multiplient, les services de santé sont défaillants et l’école n’arrive pas à fonctionner correctement… Bernard nous a préparé un point de la situation du pays que vous pourrez voir en cliquant ici : Actualité Newsletter août 2020.  

En complément, pour ceux qui veulent en savoir plus, vous pouvez aller sur le site Ayibopost pour un article sur la situation et l’impunité dont j’ai extrait une liste des personnalités assassinées depuis trois ans dont deux Français venus adopter leur enfant.

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A propos de maladies en Haïti

A l’occasion de cette épidémie de coronavirus, un rappel de la gestion du choléra en 2010-2011 avec un article de Renaud Piarroux (11 janvier 2020), un médecin français qui a prouvé que l’épidémie venait bien de soldats de l’ONU. Cette dernière a dû l’admettre après bien des difficultés, mais les indemnisations des familles ont des difficultés à arriver aux ayants-droits. Vous pouvez le lire en PDF ou sur le site d’information haïtien ayibopost

Sur les conseils d’un ami français qui vit en Haïti, je vous présente un autre article écrit sur ce même site le 17 juillet 2019 avec la participation d’un médecin haïtien , Jean-Hugues Henrys, pour expliquer que le choléra a disparu d’Haïti. Ici en PDF.

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Rentrée des classes les 10 et 17 août !

L’année scolaire 2019-2020 a été fortement perturbée depuis le mois de septembre, puisque la violence des manifestations a empêché les écoles d’ouvrir avant le mois de novembre 2019. En mars, c’est la pandémie de coronavirus qui a fait fermer les écoles avant même que les enseignants aient pu terminer le programme et faire passer les examens de fin d’année. La situation dans les villes a été très différente de celle des campagnes, mais tous les élèves ont été perturbés.

Sur le site du Ministère de l’Education haïtien, un communiqué de presse annonce la reprise des activités scolaire. Il s’agit de récupérer 50 jours d’école sur les 120 qui ont été perdus. Une période de vacances est prévue avant de reprendre la rentrée 2020-2021 fin novembre.

Certains s’inquiètent des risques de décrochement scolaire (AlterPresse). Les familles n’ont pas toutes les moyens d’aider leurs enfants ou de payer les frais de scolarité que les écoles réclament, même si les enfants n’ont pas suivi les cours. Certaines écoles demandent même aux parents de payer plusieurs années de scolarité pour être sûres de garder leurs effectifs…  Un article de RFI  pose bien la problématique des écoles pour suivre le conseil du Ministère de l’Education de se former sur Internet.

Je vous propose un texte de Jean-Renel, ancien élève de l’école Union des Amis, professeur à l’école nationale de Duty, sans moyens, qui ne voit pas ce que fait l’Etat. Cette école a beau être nationale, elle est un peu loin de la capitale et semble oubliée. C’est l’école Union des Amis qui avait partagé ses ressources en 2007 pour y installer des latrines… Et le tuyau qui apportait de l’eau ne fonctionne plus. On peut comparer ce texte au compte-rendu de l’association Haïti-Education, que nous connaissons bien et qui soutient une école normale à Port-au-Prince avec des moyens plus importants.

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Saison des cyclones

Si le 1er juin marque officiellement le début de l’été dans l’hémisphère Nord, il est également synonyme du début de la saison cyclonique pour la partie septentrionale de l’Atlantique. Elle durera 6 mois et se terminera le 30 novembre 2020.

Il y a quelques jours, la société américaine AccuWeather a publié ses premières prévisions quant à l’activité de la saison 2020, indiquant qu’elle pourrait être supérieure à la normaleL’institut prévoit ainsi la formation de 14 à 18 tempêtes tropicales. Parmi lesquelles, 7 à 9 pourraient devenir des ouragans et 2 à 4 des ouragans de catégories intenses, correspondant aux catégories 3, 4 ou 5. Pour rappel, l’activité moyenne établie à partir des données climatiques sur la période 1981-2010 est d’environ 12 tempêtes tropicales, 6 ouragans et 3 ouragans « majeurs » (catégories 3 à 5).

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 Situation au 19 juin 2020

Vous pourrez cliquer pour avoir un résumé de la situation actuelle à travers les chapitres suivants (merci à Bernard qui l’a fait) :

Insécurité

Elections – Constitution

Des décrets et des décrets… Le Président dirige par décrets

Economie – Taux de change

Et pour ceux qui s’intéressent à la situation, voici une sélection d’articles très intéressants

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Où en est le pays ?

Eh bien, beaucoup de paroles et trop peu de moyens.  Un article d’AlterPresse  fait état de la nécessité d’informer les habitants sur la maladie, dans la région de Port-de-Paix. Le comble, c’est que l’hôpital de ce chef-lieu du département du Nord-Ouest a dû fermer les services d’urgence par manque de moyens… Un article du Nouvelliste du 5 mai dernier fait un état de la situation désastreuse… Les gens se rabattent alors sur les plantes qu’ils sont habitués à utiliser, avec le risque de mauvais dosage 

La situation de Gros-Morne, un gros bourg situé sur la route qu’on a l’habitude de prendre pour aller dans le Nord-Ouest est très représentative de la situation de beaucoup d’Haïtiens de la province. Ils ont du mal à comprendre ce virus et n’ont pas les moyens de s’en protéger. Ils n’ont pas même la base ; des robinets où se laver les mains avec du savon. La distanciation sociale, les masques, le gel hydroalcoolique sont souvent hors de portée. Et ils ne s’inquiètent pas, aucun cas n’a été signalé à Gros Morne !

Pendant ce temps, la violence continue dans les quartiers populaires avec des assassinats, des incendies volontaires de maisons… Les gangs font régner la peur.

Pour couronner le tout, les météorologistes prévoient une saison cyclonique plus active que la normale avec 21 ouragans dont 3 à 5 majeurs.

Et une bonne partie du budget des Haïtiens vient de la diaspora : ceux qui ont émigré à l’étranger, aux Etats-Unis surtout mais aussi au Chili qui les a accueillis après le séisme de 2010, en France, etc… envoient une partie de leurs ressources à la famille restée en Haïti. Le problème, c’est que pour beaucoup, ils sont touchés par le chômage. Les transferts se retrouvent donc limités et en diminution. Les bureaux de transfert, eux, refusent de  donner des dollars. Et chacun a son taux de change, souvent inférieur à celui de la banque nationale d’Haïti… L’Etat continue de prélever 1,50$ par transfert, quel que soit son montant, pour le PSUGO, Programme de Scolarisation Universelle Gratuite et Obligatoire. Des possibilités données à la corruption de se déployer au détriment de ceux qui en auraient le plus besoin.

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covid 19

Pour les curieux, vous pouvez consulter le programme du Ministère de la Santé Publique duquel j’ai extrait le budget traduit en euros. Sans commentaires… 

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Le covid 19

Avec le COVID19,  la peur s’installe. Un professeur revenu enrhumé des Etats-Unis a voulu prévenir l’Université où il travaillait pour prendre des mesures de précaution. Finalement, il a été testé négatif, mais des gens ont essayé de le lyncher pour que la maladie ne se propage pas… Voir l’article du Nouvelliste ICI.  Ça rappelle l’épisode du choléra en 2011 : des gens accusés de disséminer de la « poudre choléra » ont été lynchés par la population locale. Quand on n’a pas d’explication scientifique ou rationnelle, on s’adresse au surnaturel ou à la magie.

Le président haïtien, Jovenel Moïse, a pris des mesures de confinement et mis en place une commission scientifique de surveillance… Les Haïtiens des bidonvilles et ceux des campagnes se sentent démunis. Mais ils gardent le sens de l’humour : nous avons reçu d’un ami une petite vidéo que je vous traduis : « Wo o o ! Ils nous demandent de se mettre en quarantaine. Ici, nous sommes 4. Il faut encore que nous cherchions 36 personnes ! »

Un autre article du « Nouvelliste » fait un bilan de l’aide internationale et de la situation d’Haïti.

24 mars 2020 : un fait inquiétant, relaté par ce site : rezonodwes.  L’histoire d’un Belge arrivé le 10 mars dans l’orphelinat qu’il avait fondé. Il n’était pas diagnostiqué et a pu contaminer pas mal de gens dans son entourage…

 

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Et la violence ?

Elle est toujours là : les gangs règlent le pays dans toutes les villes. Les policiers manifestent pour former un syndicat qu’on leur refuse, les militaires ripostent, les cambriolages se multiplient, les agressions, les kidnapping…  Au Cap-Haïtien, une agression contre une centre de transfert en plein jour a fait un mort : l’employé de la sécurité. Les agresseurs n’ont pas pu ouvrir le coffre et courent toujours.

Les communications sont toujours aussi difficiles dans le pays.

Pour ceux qui voudraient faire le point, vous pouvez lire cet article écrit pour Courrier International par Frantz Duval, journaliste haïtien, directeur du journal le Nouvelliste : « HaÏti balayée par un vent mauvais ». 

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La violence continue…

Ce début d’année 2020 a montré un peu moins de blocages. Mais une recrudescence de kidnapping existe à Port au Prince (une soixantaine en janvier). Les gens ont très peur parce que tout le monde est concerné : des entrepreneurs, un prêtre, des jeunes d’une église protestante (ils étaient 5 et celui qui est venu apporter une partie de la rançon a été assassiné…). Le 12 février, des étudiants ont manifesté contre cette terreur et réclamaient la suppression du carnaval prévu du 23 au 25 février en démolissant les stands en construction.

Le 14 février, les policiers ont manifesté pour réclamer un syndicat. Après être allé à la direction Générale de la Police d’Haïti, ils sont redescendus vers la place principale du Champ de Mars où les tribunes s’installaient pour les spectateurs. Ils les ont incendiées. Pour ceux qui veulent en savoir plus, voilà une sélection d’articles :  des policiers manifestent.  Les festivités du carnaval dans l’impasse . 

Franck Duval, éditorialiste au Nouvelliste a fait une analyse intéressante : ce ne sont pas des stands de carnaval qui brûlent, c’est bien plus que ça.   

Et la situation du pays provoque toujours des drames : des enfants sont morts dans l’incendie d’un orphelinat.   

Pour certains responsables de ces orphelinats, l’objectif prioritaire n’est pas le bien des enfants, mais la possibilité de trouver un revenu, d’avoir un job, tout en répondant à la demande de parents désireux d’adopter. L’institut du bien-être social et de recherches (IBSER) a donné une conférence de presse pour faire le point sur la situation des maisons d’enfants.  

Et sur le site d’AlterPresse, un retour en arrière avec l’Ile à Vache, les dégâts sociaux très réels de la corruption. 

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Le 3ème carnet de Jean-Marie Théodat

J-M T + G G-L - CopieCette fois, le carnet débute dans un autre « Peyi Lòk » la France, et en particulier Paris. C’est intéressant de lire ses impressions… Il en profite pour « reprendre souffle ». Bernard et moi avons eu la chance de le rencontrer à Paris, un peu amaigri… Il continue d’écrire les pages de ce petit carnet que j’ai pu voir  » en vrai ».

C’est une impression à deux faces : le plaisir de le rencontrer et la désolation qu’un intellectuel comme lui soit obligé de renoncer à enseigner dans son pays puisqu’on ne lui permet pas d’en vivre. Il n’est malheureusement pas le seul. En attendant de pouvoir y retourner (l’Université d’Etat d’Haïti a besoin de professeurs, les professeurs ont besoin d’être rémunérés,…) il a repris son poste d’enseignant à la Sorbonne. Tant mieux pour les étudiants français qui profiteront de son professionnalisme, dommage pour les étudiants haïtiens qui restent en attente.

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Comment ça va ?

Pour votre information, voici deux articles qui analysent la situation :

Haïti, l’écran humanitaire et Haïti ce n’est pas une lutte contre le pouvoir, c’est une lutte contre le système. Les deux ont été réalisés par Frédéric Thomas journaliste au CETRI, Centre Tricontinental basé en Belgique et qui donne l’information sur les relations Nord-Sud et Sud-Sud.

Après plus d’une année de manifestations et de violences, trois mois d’un blocage complet, la population aspire à une trêve pour souffler et penser un peu à Noël. Dans les villes, les écoles publiques n’ont pas encore ouvert leurs portes. Des écoles congréganistes ont ouvert aux élèves sans uniformes pour plus de discrétion. Mais les opposants ne désarment pas : dans la nuit du 9 au 10 décembre, des écoles du Cap-Haïtien ont été badigeonnées de matières fécales.

À cause de la crise qui a paralysé le fonctionnement de l’école dans les grandes villes, le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) est contraint de proposer un calendrier réaménagé. Initialement l’année académique 2019-2020 devrait comporter 189 jours de classe et 11 jours de congé; le calendrier réaménagé prévoit 147 jours de classe et 6 jours de congé. Cependant, les écoles qui le peuvent font tout pour rattraper les jours perdus. Le Nouvelliste (11-12-2019)

Pour une analyse plus approfondie, une interview de deux écrivains haïtiens, Gary Victor et Makenzy Orcel, parue sur le Libé du 13 décembre 2019. Vous pouvez le télécharger ici en PDF ou aller voir sur le site de Libération.  Ils font une analyse de la situation à partir de l’histoire d’Haïti.

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Le 2ème carnet de J-M T

Jean-Marie Théodat a commenté le fait que je dactylographie son carnet en disant que ça devenait un « travail à quatre mains ». Après un premier carnet, il continue un deuxième qui nous montre comment se vit la crise actuelle de l’intérieur et de Port-au-Prince, de manière très subjective. Ce sont des petites touches de la vie compliquée par la situation. Il partage ses sentiments et je pense que ça peut vous toucher comme je le suis en mettant ce carnet en pages.

10 décembre : il y a un intermède cambodgien : Jean-Marie Théodat a participé à une conférence à Phnom Penh. Ses photos sur FaceBook m’ont rappelé des souvenirs que j’ai ajouté sur le carnet. Il est maintenant rentré dans son pays bloqué…

Pour ceux qui aimeraient faire le point de la situation, vous pouvez cliquer sur cet article de Marianne : « chien mange chien » du 22 novembre 2019 : une interview d’un artiste haïtien de passage à Paris ou sur celui du Huffigton Post du 20 novembre 2019 Haïti agonise et le monde se tait.  

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Les nouvelles de Jean-Marie (un autre)

Nous le connaissons depuis longtemps et il a adopté le pays où il travaille. En ce moment, il est aux Cayes, la 3ème ville du pays dans le sud.

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Le président de la République d’Haïti : Jovenel Moïse 

Si vous voulez connaître ce président qui s’accroche au pouvoir, vous pouvez cliquer sur le titre ci-dessus. Il s’agit d’une interview du président par deux journalistes haïtiens au cours d’une émission « Le Point » sur la chaîne Radio Télé Métropole le 28 octobre 2019.

Son élection remonte au 20 novembre 2016, après un processus électoral démarré en octobre 2015. Il a été intronisé le 3 janvier 2017. Élu au premier tour avec 55,6 % des voix, mais seulement 21% des électeurs s’étaient déplacés. Si vous voulez en savoir plus, voici 2 articles intéressants : sur Le Monde et sur Libération.

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Le carnet de J-M T

J’ajoute au fur et à mesure les photos des pages de carnet dans le paragraphe « la crise » ci-dessous. Si vous cliquez sur le titre, vous aurez l’ensemble de la publication. J’ai découvert un nouveau mot créole : « bandisyon ». Si j’ai bien compris, grâce à cette vidéo : Port au Prince en bandisyoncela parle de la formation « en bandes » de gens qui veulent manifester. J’ai aussi trouvé sous sa plume la même expression pour « Dessalines, empereur d’Haïti et géographe en bandisyon… qui a su trouver un bon emplacement pour implanter sa capitale. »

Il a envoyé une tribune au journal Libération : « Lettre de Port-au-Prince sur fond de guerre civile ».  

Des parlementaires français et des membres de la société civile appellent la diplomatie française à un sursaut face aux situation de crise de deux pays des Grandes Antilles, Haïti et Cuba. Je mets le lien pour que vous puissiez le lire : « La France doit soutenir les peuples haïtiens et cubain. »

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Un article de médiapart

pour ceux qui veulent comprendre ce qui se passe en Haïti en complément de ceux que Bernard avait préparés sur la page « nouvelles de là-bas ». Cliquer sur le titre.

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L’expression des écrivains haïtiens (octobre 2019)

Ils s’étonnent que la communauté internationale ne s’exprime pas plus sur la situation de leur pays en crise depuis plus d’un an. Vous pourrez découvrir leur texte sur la page d’AlterPresse,  de Rezo Nèodwès, deux sites d’information haïtiens ou en PDF ICI.  

Lyonel Trouillot, un auteur haïtien qui s’étonne que la presse internationale soit muette sur la situation de son pays. Vous pouvez lire sont texte sur le site de mediapart   ou en PDF ICI. 

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La crise

Le nom de la page à changé pour prendre un nom plus général que « le tremblement de terre ».

En ce moment, c’est la situation sociale qui est grave : sur la page des nouvelles de là-bas, vous avez pu découvrir les causes de la révolte de la population : corruption et mauvais gestion du pays, impunité, augmentation de la misère.

Un ami nous a partagé un texte sur les « bidons ». J’avais des photos de bidons qu’on peut voir partout et qui sont récupérés pour tous usages. Quand ils ont bien servi, les enfants en font des jouets… Vous pouvez voir ce texte illustré en cliquant ICI. 

Cet ami est géographe, Après des études secondaires en Haïti, il a entrepris des études de géographie à l’université Paris Sorbonne jusqu’à l’agrégation. Recruté comme maître de conférences à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il a assuré des cours de géographie politique, économique et culturelle de 1998 à 2010. Il vit depuis 2010 en Haïti. Il travaille comme expert technique international au ministère des Affaires étrangères français depuis 2012.

Depuis, il nous parle de sa situation : dans son quartier de Port au Prince, la violence qui règne l’empêche de sortir… Il est comme en état de siège. Il partage son carnet de bord, page après page : p. 1 (30-9-2019), p. 2 (30-9-2019), p. 3 (1-10-2019), p. 4 (1-2-2019) et sa traduction, p. 5 (6-10-2019), p. 6 (7-10-2019) la page de droite se lit avant la page de gauche…, p7 (8-10-2019), p8 1ére et 2ème partie.

Vous retrouverez l’intégralité mise à jour en cliquant sur le titre plus haut : Le carnet de J-M T. Les pages s’ajoutent au fur et à mesure de leur envoi.

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L’eau

La distribution de l’eau à Port au Prince est fortement perturbée. Le 30 septembre, la DINEPA, Direction Nationale de l’Eau et de l’Assainissement éditait une note pour la presse (en créole) pour s’excuser de ne pas pouvoir répondre à la demande d’eau potable à Port au Prince. Seuls étaient approvisionnés les secteurs servis par « gravité », parce qu’ils n’ont pas besoin de pompe pour remonter l’eau. Les groupes électrogènes utilisés pour les pompes ne peuvent être ravitaillés en carburant à cause de la pénurie et des blocages des routes.

le 3 octobre, une autre note indique que le service peut reprendre, mais les blocage de routes peuvent affecter le fonctionnement du service d’eau en province. En bas de note, une phrase évidente : « dlo se lavi », l’eau c’est la vie.

Un article du site d’information Haïti Libre donne la note en Français.

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Le tremblement de terre

Dimanche 7 octobre 2018

Je viens de téléphoner à Cledner pour avoir des nouvelles : un tremblement de terre de magnitude 5.9 a eu lieu cette nuit dans le Nord-Ouest d’Haïti. Ils ont eu très peur. Ça s’est passé à 20 h samedi soir (il était 2 h du matin chez nous). L’épicentre est au nord-ouest de Port-de-Paix, à 43 km de Saint Louis du Nord et à 53 km de l’Anse à Foleur. D’après Internet, il y a eu 11 morts et une centaine de blessés plutôt légers, mais vu l’état des routes, certains secteurs sont inaccessibles, le nombre des victimes risque d’augmenter.f239226a7a4f175b2452b1f31ff47f77-haiti-au-moins-11-morts-apres-un-seisme-de-magnitude-5-9 (1)

Pour Saint Louis du Nord, tous les gens se sont retrouvés dans la rue, sur la place de l’église pour éviter les chutes de maisons. Celle de Cledner a bien tenu et la famille à Duty ou au Cap Haïtien n’a pas eu de dégâts. Certaines constructions mal construites et fragilisées se sont fissurées ou effondrées. Il y a eu déjà des répliques, une peu de temps après la secousse et une autre à 2 h du matin.

L’épicentre étant en mer où une faille est définie comme sensible depuis longtemps, on a craint un tsunami, mais l’alerte a été retirée. Quand on connaît la côte et les constructions anarchique dans le secteur, on pense que la mer a provoqué des dégâts.

Sa voix était fatiguée, mais il garde le moral comme d’habitude. Il nous a dit tout de même qu’ils luttent à cause des problèmes climatiques qui provoquent de mauvaises récoltes pour se retrouver dans un problème plus grave encore.

Pour suivre l’information, un site intéressant : http://www.alterpresse.org/Séismes historiques

Pour en savoir plus, le site du « Bureau des Mines et de l’Energie » qui prévient les responsables depuis longtemps des risques sismiques en Haïti. Vous pourrez le constater avec ce document produit en 2002 !

http://www.bme.gouv.ht/alea%20sismique/Alea_sismique%20HAITI.pdf

A suivre …

Dimanche soir.

Ce soir, à 16 h là-bas, il y a eu une réplique de 5.2. Il y a eu encore pas mal de dégâts, parce que certains bâtiments qui avaient été lézardés suite à la première secousse ont pu tomber à la deuxième. Cledner nous a parlé de bâtiments de Saint Louis que nous connaissons bien qui sont bien dégradés. Les gens ont peur. Les voisins par exemple ont rempli leur voiture pour aller dormir loin de leur maison à étage et du risque de tsunami. Une maison qui venait d’être construite a été détruite, signe que les normes antisismiques ne sont pas respectées. Heureusement, les propriétaires n’y étaient pas encore installés.

J’ai appelé Kerline à Mahotière, mais elle a minimisé les dégâts. « Quelques maisons ont été écrasées ». Cledner m’a dit que des roches ont été déplacées.  L’essentiel, c’est que tout le monde soit sain et sauf mais très atteint par la peur des répliques et le manque de sommeil. Un proverbe haïtien dit : « pi ta, pi tris », plus tard sera plus triste. Aujourd’hui, c’est le cas, mais on s’apprête à lutter pour vivre.

Plus près de l’épicentre, il y a beaucoup de blessés et les hôpitaux n’ayant pas de moyens peine à assister la population. Ici un article de Ouest-France qui reprend les informations de l’AFP.

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Lundi 15 octobre 2018 

Le téléphone a toujours un fonctionnement aléatoire : le réseau va et vient… J’ai pu joindre Cledner à son retour de l’école. Il habite Saint Louis du Nord et il y monte régulièrement.  Il a pu me faire un bilan de la situation dans la section rurale de Bas de Sainte Anne. D’après les ASEC (Assemblée des Sections Communales) et CASEC (Conseils d’Administrations des Collectivités territoriales), il y aurait 40 maisons endommagées. Sans doute plus d’après Cledner. Pour ce qui est de l’école, elle avait été réhabilitée avant la rentrée : du ciment pour boucher les trous de la dalle, des poteaux à changer, et elle a bien résisté.

Dans l’habitation de la famille qui nous accueille, il y a 3 maisons : celle qui est construite en bois et en tôle a bien résisté, et les deux autres ont été endommagées. Il y a aussi des rochers qui ont dû bouger. Quant à la petite construction toilettes et douche, elle est à terre. Mais personne ne se plaint. Nous n’avons pas de photos pour connaître les dégâts exacts sur la maison que nous habitons au cours de nos voyages. Les difficultés vont encore augmenter : les familles devront trouver le moyens de réparer ou reconstruire leur maison.

Et aucune n’aide ne viendra de l’Etat. D’ailleurs, personne n’en attend… Devant l’ONU, le Président, Jovenel Moïse, a précisé que le séisme de 2010 qui avait détruit la capitale Port-au-Prince avait servi de leçon : des mesures ont été prises pour que les conséquences soient atténuées. Mais à Port-de-Paix, ville la plus touchée, aucun lieu prévu pour abriter les sinistrés… l’hôpital n’était pas en mesure de recevoir les blessés… et l’aide arrive sous forme de « kit de survie » ou d’eau potable. Pour Cledner, il faudrait plutôt aider les gens financièrement pour qu’ils puissent s’organiser. Leur permettre de cuisiner plutôt que de recevoir du « manje sinistre » comme ils appellent l’aide alimentaire. D’autant que le séisme ne détruit pas les récoltes.

Je vous conseille de lire un texte d’un écrivain haïtien, Jean-Euphèle Mircé, originaire de la région lui aussi « Pour l’amour du Nord-Ouest ». Il exprime mieux que je ne pourrais le faire l’inefficacité de l’aide humanitaire. Dans cette région, les exemples de dépenses inutiles ne manquent pas. Celle qui m’a le plus troublée, c’est la réalisation d’un marché couvert à Saint Louis du Nord : il a été construit pour remplacer un marché installé dans le lit d’une rivière, une bonne idée… Malheureusement, l’endroit a été choisi sans prévoir l’accès des marchands et des marchandises : il est un peu à l’écart et reste à l’abandon…